L’informatique virtuelle n’existe pas


Contrairement à ce que certains peuvent penser, utiliser l’informatique de manière responsable, ne signifie pas acheter le dernier gadget/laptop/desktop/tablette à la mode sous prétexte qu’il est plus respectueux de l’environnement que le modèle précédent. Acheter un nouvel outils matériel parce que ce dernier arbore un beau logo 80Plus ou qu’il est doté d’une coque en bamboo, n’est absolument par ce qu’il y a de mieux pour protéger l’environnement, surtout si l’utilisation que vous en fait, elle, n’évolue pas. Les derniers mac book pro utilisant un bloc en aluminium par ex. sont un plus dans la fabrication de nos ordinateurs, mais retenez bien l’idée qu’un pc avec une coque en carton reste un pc. A l’intérieur, les matériaux et substances utilisés pour sa fabrication sont les mêmes que pour les anciens modèles. Le cycle de vie de l’ordinateur (sa phase de conception, ses besoins en eau, son absence de recyclage, son impact sur les sols et les populations de certains pays africains ou asiatiques…) n’a que trop peu changé, pour que nous puissions nous permettre de renouveler nos machines, de poche ou non, tous les 6 mois ou 1 an.

Fais ce que je dis et non ce que je fais

Vous allez me dire « ouais mais lui, il travail dans l’environnement, il est trop à donf« . Ce renouvellement immodéré, cette course à l’objet le plus coule est tout aussi visible dans le monde des ONGs environnementales qu’ailleurs (bon d’accord peut-être un peu moins, mais j’en doute). D’ailleurs, dans mon entourage professionnel, certains devraient se poser la question de savoir si cette façon d’agir est en accord avec leurs messages. Ici aussi, il arrivent qu’un iPhone en remplace un autre, simplement parce que…ben à vrai dire je n’en sais rien. Peut-être, ont-ils succombé aux chants des sirènes de la Pomme. Ce discourt sur la nécessité d’utiliser le plus longtemps possible son matériel, a déjà été évoqué sur ce blog, mais il me permet d’introduire un fait un peu moins visible de l’impact de nos usages sur l’environnement.

Dématérialiser pour déculpabiliser

La grande mode depuis 3 ans environs c’est le Cloud Computing.  Derrière ce terme, qui sortie en soirée fait très classe, se cache un concepte relativement simple : jusqu’à il y a peu de temps, nous avions tendance à conserver toutes nos informations et nos logiciels sur nos ordinateurs. Avec le Cloud Computing, vous ne stocker rien ou peu de chose. Tout se passe en ligne. Tout passe par des services web, que se soit la gestion d’une photothèque (Flickr), l’édition de document texte ou de présentation (Google Apps ou Office 360) pour du travail en solo ou en mode collaboratif, tout passe par la connexion Internet. Nos ordinateurs deviennent des terminaux passifs si on peut dire, ou plutôt on dira aujourd’hui des clients léger. Nous n’installons plus un logiciel, nous souscrivons à une offre SAAS (Software As A Service). Au delà, des interrogations d’ordre juridique ou liées à la sécurité, il en une autre qui est totalement occulté par les fournisseurs de logiciel par abonnement (gratuit ou payant) : l’impact environnementale des centres de données destinés à stocker et à fournir les informations de leur client.

En effet, aujourd’hui, on nous propose des espaces de stockage d’e-mail de plus en plus important, gratuitement voir à des prix ridicules. Chez certains l’offre consiste à proposer aux internautes un espace de stockage illimité. Ainsi, les utilisateurs, n’ont même plus à se soucier de la taille de leur boite e-mail. Qu’importe, si nous avons un message avec pièces jointes de 10Mo (zipper mes pièces jointes ? pourquoi faire ?)  en 4,10 ou 15 exemplaires (que nous aurons transférer à autant de personnes et à différents moments), de toute façon, aujourd’hui on est en mode Cloud Computing, l’Informatique nuagique ne connait pas de limite. Un peu à l’étroit dans votre « petit espace » de 10Go ? Aucun problème, il suffit de payer 50€/an pour doubler la taille de sa boite.

On observe ici, le même phénomène qu’avec le matériel : avoir toujours plus, même si ça n’est pas utile, même si ça n’est pas raisonnable. Et tant pis, si pour me permettre une disponibilité maximum, ma boite de 20Go est répliquée sur plusieurs sites à travers la planète, au cas où j’irai consulter mes e-mails depuis Tokyo. Tant pis, si pour me permettre tout cet espace que j’utiliserai totalement ou peut-être pas, le prestataire investi dans de nouvelles machines, dans de nouveaux disques dur, stockés dans des centres de données (Data Centers) alimentés en énergie issus des centrales à charbons, celles-là même qui alimentent en électricité, les usines qui fabriquent mes machines et celles de mon prestataire. Tant pis, pour ces familles qui, parce que j’ai décidé d’avoir le dernier PC qui me permet d’ouvrir encore plus d’onglet sous Firefox, ou d’avoir le dernier OsX Lion, s’empoisonnent et se ruinent la santé dans les décharges DEEE à ciel ouverts à la recherche de quelque métaux précieux à recycler. Les serveurs sont virtuels mais les DEEE sont bien réels.

Parfois j’entends dire que les flux d’informations sont de l’ordre de l’immatériel. Que l’hébergement de serveur passe forcément par la dématérialisation…  Il est vrai que je ne peux toucher de la main certains de mes serveurs, que je ne peux poser ma main sur la coque de la plupart de mes serveurs linux, palper et sentir les sensuelles vibrations du ventilateur…(oubliez ce dernier passage). Mais cela ne signifie en rien, que l’impact des activités numériques de la fondation n’ont aucun impact dans le monde réel (IRL : InRealLife, comme disent les passionnées du web).
En effet, je limite l’impacte de mon emprunte en adoptant un serveur virtuel au lieu d’une machine physique, mais toute virtualisation repose sur du matériel bien physique, alimenté en énergie (charbon, nucléaire, hydrolique, éolien, ou autre). Qu’importe la technologie proposée, si l’usage que l’on en fait n’est pas adapté, elle ne sert à rien. Utiliser une machine virtuelle surpuissantes (profile type 16 parts chez Gandi.net) pour un blog réunissant 35 VU/jour, a autant de sens qu’un citadin roulant en 4×4  : ça n’est pas tant la technologie que l’usage que l’on en fait qui est condamnable.

Un usage responsable des technologies implique un minimum de bon sens (je n’utilise pas le terme discipline volontairement). Chez GoodPlanet, notre espace de stockage dédié à la bureautique, n’a pas évolué en 4 ans, simplement parce qu’avec des explications simples et des petites piqures de rappel, les utilisateurs font le nettoyage chacun à leur niveau. De mon point de vue, je vois le résultat de manière globale : très peu d’effort pour chacun et un résultat maximal. Pour ce qui est de nos hébergements, nous disposons d’un soutiens chez Gandi.net depuis plusieurs années (nous étions en version beta à l’époque où leur offre n’était pas encore disponible pour le public) et je veille à n’utiliser que l’énergie nécessaire pour nos sites web (grâce à leur technologie Flex qui me permet d’ajuster immédiatement la puissance/ram/bande passante de nos serveurs selon le trafic ou de la planifier).

Ce qui est le plus navrant, c’est que le problème de l’impact des nouvelles technologiques, n’est pas considéré comme un problème majeurs autour de moi. Les gens sont très peu au fait de ce qu’il se passe à ce niveau et de l’impact sociétales des TICs.

Chez WWF par ex., ils ont décidé de migrer l’ensemble de leur système de messagerie sur Google Apps. Obtenir un service similaire tout en étant plus responsable aurait été de choisir Zimbra par ex. (hébergement et gestion en France par le biais d’un prestataire ou en interne en utilisant un hébergement alimenté en énergie hydrolique chez Infomaniak par ex. qui dispose d’une charte écologique très complète) Je ne connais absolument pas les détails de l’affaire, mais personnellement cela m’a choqué quelque part. Je trouve cela dommage venant d’eux. Ceci dit, ils travaillent actuellement avec Fred Bordage de GreenIT.fr et le groupe de travail du CNRS EcoInfo, sur un livret des bonnes pratiques des TICs, que j’ai hâte de découvrir. Je tiens à rajouter également, que si j’écoutais certain, nous serions passé aux Google Apps nous aussi, l’offre est alléchante et pas cher. Nous subissons tous des pressions qui tentent de nous faire croire que le nouveau machin truc est indispensable et, je vous l’accorde, il est parfois difficile de ne pas perdre de vue l’essentiel.

Tout cela pour dire, qu’on à beau travailler chez GoodPlanet ou WWF ou ailleurs, et ignorer totalement l’impact des TICs sur notre planète.

Notes aux personnes qui se sentiraient visée : je marche dorénavant avec un coquille et un plastron,  je ne quitte jamais le travail à des heures régulières et j’emprunte systématiquement des chemins différents et suis toujours accompagnés…


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Une réflexion sur “L’informatique virtuelle n’existe pas

  1. Pingback: Le soi disant scandale sur la surveillance des internautes (Facebook, Google, Apple, Microsoft and co) | Serenity Report

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